'Il faut être très orgueilleux ou très naïf ou très bête pour croire qu’on choisit sa vie. On fait comme on peut avec ce qui nous arrive... Les circonstances vous font, d’abord et avant tout.'   Maïté Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Alma




- 6 -



Thomas VINAU
Le camp des autres
Alma
195  pages
17  euros

17-09-2017

 

    Le père de Gaspard a la main lourde et il l’a encore frappé. Et Gaspard est parti. Avec son chien, son « petit bâtard ». Il rejoint les fuyards mais cette fuite est périlleuse. Ils sont tous les deux blessés et trouvent refuge chez Jean-le-blanc, un homme singulier qui fait tout pour que l’on ne puisse pas le cataloguer. Il enseigne à Gaspard les plantes, les livres et leur antre, cette forêt aussi protectrice que dangereuse : « Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres. » Gaspard se retrouve au milieu de personnages atypiques, en marge, qui ont su refuser la vie ordinaire, bien rangée, attendue. La forêt accueille en effet les exclus, ceux qui n’ont pas choisi leur camp, bannis de partout, ils n’ont pas emprunté le même chemin, effectué les mêmes choix. Ils préfèrent la liberté et l’amour, « nous sommes des êtres d’amour et de liberté. Oui d’amour et de liberté ! », mais les bien-pensants n’apprécient guère que l’on remette en cause leur monde… Thomas Vinau nous offre un très très beau texte, un double hommage à la forêt, à ses odeurs, à sa vie, à sa résistance à la puissance démultipliée de l’homme, à sa sauvagerie qui persiste mais aussi aux exclus, aux sans-grade, aux sans-abri, aux réfugiés, aux gueux et aux manants, aux chemins de traverse qu’ils empruntent et à la différence. Une belle écriture, poétique et puissante, pour ce roman qui trouve hélas de multiples résonances dans notre société contemporaine.

« La forêt est une langue, une science et une œuvre d’art. Tout peut te sauver ou t’achever. Ici il n’y a pas de maître. »

« Si nous marchons ensemble, nous sommes assez de rats pour conquérir cette terre de damnés. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Thomas Vinau lus par Vaux Livres

 


- 5 -



Pierre DERBRÉ
Luwak
Alma
210  pages
17  euros

07-08-2017

 

    Igor Kahn est un modeste, un invisible. Il est apprécié de tous sans être remarqué. Célibataire, un ou deux vrais amis. Le grand calme… Et puis, un jour, malgré une récente promotion, il fait partie des élus pour les licenciements, il faut bien restructurer, n’est-ce pas. Son départ se déroule dans le calme, sans éclats de voix, tranquillement. Peu de temps après, Igor gagne le gros lot au loto, de la même façon, calmement, sans excès. Il décide de s’installer au bord de l’estuaire de la Gironde, trouve quelques voisins sympathiques, et quelques passe-temps plaisants se complaisant dans sa nouvelle vie d’artiste. Il s’implique dans les associations locales et assiste même à des cours de philo où il découvre la théorie de l’happax existentiel proposée par Jankélévitch : l’happax révèle l’homme à lui-même et scinde ainsi sa vie en deux, il y a un avant et un après l’happax. Cette révélation ne bouleverse pas radicalement Igor même si, au plus profond de lui-même, il sent bien qu’il n’a pas encore vécu son happax, que les évènements de sa vie sont attendus, et son bonheur sans surprise. Alors, Igor se lance un défi, trois mois, trois mois pour trouver un nouvel élan à sa vie, de nouvelles étoiles éclairant à l'infini son existence. Igor ira en effet jusqu’au pays des luwaks pour initier et finaliser son nouveau projet de vie et apprécier les rencontres qui feront basculer son quotidien. Un récit d’une grande douceur, très rythmé qui emporte le lecteur dans le tourbillon de la vie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 4 -



Lenka HORNAKOVA-CIVADE
Giboulées de soleil
Alma
298  pages
18  euros

12-01-2017

 

    « Giboulées de soleil » donne la parole à trois femmes d’une même lignée, trois femmes tchèques gigognes, Magdalena, Liba et Eva qui donneront naissance à leur premier enfant hors mariage, une famille de bâtardes (« ... on est des bâtardes de mère en fille, comme certains sont boulangers ou roi. »), avec au-dessus d’elles l’ombre du pilier de la lignée, Marie, elle-même fille-mère et qui, comme un pied de nez, est devenue sage-femme dans la campagne de Moravie où elle s’est exilée. En effet, au début du XXème, un enfant sans père reste un bâtard même si ce père a souvent lâchement fui, et le mépris, voire la haine, ébranle leur enfance comme leur vie adulte, la ligne du père sur les papiers d’identité restera vide à jamais. Mais ces quatre femmes de caractère reliées par le fil de la broderie qu’elles pratiquent avec art conservent la tête haute, fières, courageuses, elles affrontent le regard des autres (« Je n’ai pas honte de toi, ma fille. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, sache-le.), se construisent avec cette différence et non contre, mais néanmoins face aux autres, en luttant en permanence pour dégager quelques espaces de liberté (« Tu n’appartiens à personne. Tu es libre. Il n’y a que ça qui compte. Ne l’oublie jamais. »). Leurs vies s’entremêlent, Elles deviennent expertes en adaptation, goûtent chaque petit éclat de bonheur, rai de soleil au cœur de la giboulée : « Les moments de grâce sont de cette nature, furtifs, insaisissables. » Leurs existences sont aussi inscrites dans l’Histoire de leur pays, la proximité attirante de l’Autriche, le nazisme, la montée du communisme et l’arrivée des soldats russes installant l’autorité soviétique. Lenka Hornakova-Civade trouve le ton juste et l’équilibre parfait entre l’histoire personnelle, individuelle et la grande Histoire qui est évoquée et rappelée subrepticement, sans lourdeur. Un superbe premier roman qui fourmille d’idées lumineuses malgré l’âpreté des destins, trois portraits émouvants de femmes inoubliables, « à l'instinct de survie très développé », dignes et passionnées qui passeront leur existence à tenter d’inventer leurs vies et à se battre face aux regards accusateurs du quidam qui, définitivement, n’apprécie pas la différence. Ouvrez ce livre et vous serez immanquablement emporté par son souffle franco-tchèque !

Premier roman

« Prends la vie comme elle vient mais ne baisse jamais la tête, surtout devant ce petite monde-là ! Tu ne peux pas fuir ce que tu es, mais il y a différentes façons de s'y prendre. Ne laisse jamais les gens avoir pitié de toi ; la pitié c'est ce qui se change en haine le plus rapidement. Après l'amour. »

« On peut pleurer lorsqu'on rencontre la beauté. Le jour où tu pleureras pour ça, tes larmes auront de l'importance. Tu verras. »

« On cesse d'être innocent et ignorant quand on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Et c'est déjà trop tard. »



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Thème(s) : Littérature française

 


- 3 -



Olivier LIRON
Danse d'atomes d'or
Alma
230  pages
17  euros

01-11-2016

 

    O. rencontre Loren un soir chez des amis. Coup de foudre fulgurant. Ils tombent amoureux, partagent une passion incroyable, intense, brûlante, vive et joyeuse, dansante, même si l’on ressent que Loren tait des moments plus douloureux. Ils progressent émerveillés sur le chemin de l’amour et puis, sans prévenir, Loren disparaît subitement. O. est désespéré, anéanti mais conserve sa rage de vivre malgré la douleur immense ; il refuse d’abdiquer et cherche une explication qui passera par un voyage dans un petit village normand. Un superbe premier roman rythmé, sensible et romantique à l’écriture poétique très personnelle.

Premier roman

« La vie est une chose magnifique mais il ne faut jamais la croire quand elle veut nous faire désespérer. On peut dire la même chose de la littérature. »

« Oui, l’amour est une négation du temps, disait-elle. Nous sommes éphémères comme le monde mais éternels comme la jouissance. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 2 -



Stéphanie CHAILLOU
Alice ou le choix des armes
Alma
140  pages
16  euros

12-10-2016

 

    Samuel Tison est mort. Assassiné. Il a été retrouvé sous le pont Garibaldi. Il travaillait depuis 1999 chez Luxacor et était devenu chef de service. C’est lui qui avait recruté Alice Delcourt puis choisi de travailler avec elle. Rapidement soupçonnée, le lecteur suit son interrogatoire qui met à jour le harcèlement moral évident de Tison. Alice a été niée, effacée, s’est retrouvée derrière. Il y avait un ordre à respecter (« …Comme s’ils n’étaient pas vraiment des hommes. Pas des hommes et des femmes comme eux, ceux qui les recevaient. ») et elle l’avait fait. En silence. Sans jamais dire non, « sensation d’immense solitude, de perte de soi. », étouffée sous l’oppression constante. Alors elle raconte, elle explique, elle témoigne, peut-être pour « pouvoir comprendre comment une personne peut un jour désirer en détruire une autre… Comment une personne peut avec tout ça, grâce à tout ça, orchestrer une destruction, désirer mettre en œuvre une destruction. » Avec un ton sec, cassant, incisif, un rythme rapide et des répétitions, Stéphanie Chaillou réussit parfaitement à faire ressentir l’oppression, la tension permanente de ce personnel nié, ignoré, bafoué. Elle n’oublie pas de souligner les doutes, et la culpabilité de ces salariés devant leur impuissance à se lever et dire non pour rester vivant, mais Alice en choisissant de parler n’a-t-elle pas marqué son retour parmi les Hommes ?

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Thème(s) : Littérature française

 


- 1 -



Guillaume SIAUDEAU
Tartes aux pommes et fin du monde
Alma
135  pages
14  euros

25-08-2013

 

    Le jeune héros grâce à une boîte de maquereaux récalcitrante tombe amoureux d’une caissière. De leurs premières rencontres jusqu’à leur séparation, il nous fait partager souvent avec humour, ses espoirs, ses envies et surtout revient sur son enfance, ses chiens, sa sœur, son père et sa mère qui les a quittés rapidement avec un type « qui ne pipait mot ». Contemplatif et rêveur, cette période est toujours très présente en lui et prétexte à anecdotes. Un texte très vivant, un parcours caractéristique de notre époque et un humour attachant.

Premier roman

« Trouver un logement lorsqu’on cherche un travail est aussi difficile que de trouver un travail lorsqu’on cherche un logement. »


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Thème(s) : Littérature française

 


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