'Etre heureux, c'est un choix.'   Fiona McFarlane

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



9663150

Arléa




- 42 -



Hélène GESTERN
Un vertige
Arléa
95  pages
16  euros

07-08-2017

 

    Hélène Gestern nous propose deux courts textes, Un vertige et Une séparation, qui se répondent et nous proposent une analyse fine, chirurgicale de l’éloignement amoureux et de la rupture : l’amour et ses multiples facettes, entre douceur et violence, du « vertige exquis » au terrifiant vertige. Elle nous décrit avec précision (comme à son habitude) les moments de tension, les moments d’attente, les moments où l’autre est l’essentiel et l’unique préoccupation, la solitude, les manipulations que l’on accepte et supporte puis qui suscitent la peur, la destruction de l’être menant à l’isolement, les indices de la future séparation que l’on commence par refuser puis que l’on accepte tout en continuant d’espérer jusqu’à l’issue fatale où seuls les souvenirs demeurent.

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Les titres de Hélène Gestern lus par Vaux Livres

 


- 41 -



Marie SIZUN
Vous n'avez pas vu Violette ?
Arléa
170  pages
19  euros

25-06-2017

 

    Marie Sizun nous revient avec son premier recueil de nouvelles, vingt textes, pour certains très courts, et en son centre, les femmes, fragiles, en quête de délicatesse et de liberté. Des points de vue féminins de vies de couple déséquilibrées observées parfois par des enfants en détresse. Néanmoins, ces femmes traverseront l’instant où il faudra décider, choisir délibérément et consciemment, accepter enfin l’exigence d’être soi-même, espérer être soi avec l’autre, sans altération. Marie Sizun laisse filtrer heureusement quelques brefs instants fragiles de bonheur, mais si rares, il faut en effet dire que, au cœur de ces vingt nouvelles, les hommes ne semblent guère à la hauteur et en mesure de maîtriser ce mystère qu’est l’amour, ils sont souvent pressés, arrogants voire violents et mufles. Alors tel le personnage du tableau de Hopper présent sur le bandeau du livre, les femmes seraient-elles condamnées à trouver le bonheur, seules, isolées, et dans son cas, par la littérature…

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 40 -



Hélène GESTERN
L'odeur de la forêt
Arléa
700  pages
27  euros

26-09-2016

 

    Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, travaille à l’Institut pour la Mémoire Photographique du siècle, on ne sera donc pas surpris de retrouver d’emblée deux mots chers à Hélène Gestern : mémoire et photographie. Elisabeth Bathori est naturellement une vraie enquêtrice, elle ne peut lire un extrait de correspondances sans réagir. Alors quand elle se retrouve en possession des lettres qu’Albert Willecot mort pendant la première guerre a écrit à son ami Anatole Massis où il n’hésite pas à parler de l’horreur de la guerre qui fait oublier jusqu’à l’odeur de la forêt sans oublier sa passion pour la poésie d’Anatole, elle ne peut que partir à la recherche des réponses d’Anatole. Photos après photos, cartes postales de propagande, lettres après lettres, Elisabeth remonte le temps et la mémoire pour suivre les traces des deux hommes et retranscrire leurs vies, la petite histoire au cœur de la grande. La narration mêle cette enquête au quotidien d’Elisabeth, à son intimité, une vie en marche vers une reconstruction et plus de sérénité. Comme à son habitude, Hélène Gestern multiplie les sources d’information pour construire une enquête efficace qui nous parle de mémoire, d’identités et de lignées, d’histoire, de guerres, de destins, dans un texte construit, dense, riche et ample, avec une intrigue qui tient en haleine. Du grand art !

« J’empruntais la vie d’une autre, je mettais mes pas dans les siens, j’adoptais son histoire. Etait-ce malsain, morbide, immoral ? Je ne le savais pas et je n’avais pas voulu me poser la question, me laissant guider par une mémoire qui ne m’appartenait pas, mais dont j’épousais sans discuter les méandres. Parce que, à la faveur de cette enquête sur les lettres centenaires d’un soldat dont j’ignorais l’existence quelques mois plus tôt, quelque chose d’infiniment lent avait commencé à remuer à l’intérieur de moi, quelque chose qui n’avait pas encore ni forme ni nom, mais qui poussait obscurément les parois du chagrin pour réclamer l’énoncé de la lumière. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hélène Gestern lus par Vaux Livres

 


- 39 -



Marie SIZUN
La gouvernante suédoise
Arléa
308  pages
20  euros

30-07-2016

 

    Une petite fille accompagne régulièrement sa mère au cimetière de Meudon. Elles y retrouvent la tombe familiale des Sézeneau, un patronyme bien français aux côtés de prénoms suédois. Une ombre plane autour de cette tombe, des questions demeurent sans réponse, un trouble. La petite entend des mots, attrape des bouts de phrase qui prendront sens plus tard. Puis sa mère donne sa version du secret, et à sa mort, la fille récupère nombre de photos de la famille, Hulda la mère de tante Alice, Léonard le mari d’Hulda, un couple singulier de la fin du XIX ème. Bizarrement, sa mère lui avait parlé de leur gouvernante Livia, mais elle ne retrouve aucune photographie contrairement au journal intime d’Hulda où elle parle de Livia, livre ses sentiments, ses doutes, mais toujours sa retenue et ses peurs l’empêchent d’être libre, une fois de plus : « Hulda se remet à tenir son journal – pauvre petit journal, puéril, naïf, plein de redites –,… elle s’y attache comme au seul confident possible. Encore qu’elle n’ose pas toujours aller au fond de sa pensée, avouer ses véritables inquiétudes, laisser échapper, comme elle l’écrit joliment, ``ce qui ne devrait jamais franchir ses lèvres’’ ». Tout cela méritait bien une enquête qui ira de Stockholm dans le luxe et la réussite à Meudon (« Que les journées sont longues à Meudon… ») où la famille vivra des moments plus difficiles et pas uniquement financièrement. Sur les traces de sa famille, Marie Sizun nous offre un vrai roman (à suspense) entre légèreté et drame, s’appuyant essentiellement sur deux personnages féminins denses, attachants, romantiques, deux amoureuses éperdues entravées par leur attachement définitif à l’homme qu’elles ont choisi et qui les a choisies mais aussi sur ces non-dits et secrets qui minent les familles et font le miel des romanciers ! Un excellent cru franco-suédois !

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Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 38 -



Jérôme D'ASTIER
Dans une ville étrangère
Arléa
190  pages
19  euros

02-06-2016

 

    « Depuis l’adolescence, je cherchais une relation de profonde intimité, non pas sexuelle mais affective et spirituelle, un accord étroit des âmes… dans l’espoir imprécis de connaître un jour une amitié parfaite. » Puis Peter rencontra Thomas. Complicité immédiate. Ils ont marché ensemble, ont partagé paroles, silences, confidences, se sont abandonnés à l’autre. Fusion d’un instant, d’une nuit ou fusion pour la vie. Peter prit sa décision, sciemment, après réflexion mais sans hésitation, il choisit le moment de sa mort comme la personne à côté de laquelle il souhaitait être à cet instant, ils s’endormirent, un seul se réveilla qui naturellement chercha explications et partit sur les traces de son double (il en savait si peu sur cet homme), mais comment Peter aurait-il considéré cette enquête ? Un texte à l’atmosphère particulière et à l’écriture délicate et précise qui touche à l’intime, à la vie et à la mort.

« … la poussière du monde s’enfuyait entre ses doigts tandis que sa main reposait sur ma poitrine – et cette sensation me dispose à la douceur. »

« Je suis un nihiliste doux, je n’en veux à personne juste à la vie en général. »


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Les titres de Jérôme D'Astier lus par Vaux Livres

 


- 37 -



Nathalie SKOWRONEK
Max en apparence
Arléa
235  pages
16  euros

05-04-2015

 

    Nathalie Skowronek a décidé de rompre le silence. De parler de son grand-père, Max. Un grand-père qui fut déporté et revint des camps de la mort avec le tatouage 70807 et qu’il semblait avoir effacé. Pourtant, il quitta sa famille, s’installa à Berlin, et il lui arrivait encore quelques fois de remonter sa chemise pour montrer ce tatouage. Avec Pavel, un vieil ami des camps, il fournissait quelques représentants de la nomenklatura est-allemande en produits de luxe occidentaux. Max semblait donc avoir retrouvé une vie normale. Seul ses étranges tours quotidiens dans le zoo de Berlin avec dans ses poches des médicaments et un petit sac de diamants interrogent. Et Max n’était bavard ni sur son passé, ni sur son présent. Alors sa petite-fille s’interroge. Elle aussi, a été marquée par le passé de son grand-père, mais a-t-elle le droit de parler lui qui ne l’a pas souhaité ? Elle choisit néanmoins de remonter le temps et de voyager entre la Belgique, l'Allemagne et Israël pour tenter de comprendre. Pourquoi cette fuite ? Pourquoi Berlin ? Pourquoi ce silence ? Pour répondre à ces interrogations, Nathalie Skowronek interroge son histoire familiale mais aussi l’Histoire avec tact et pudeur. Elle comble les silences de Max (« ..lui qui a tant aspiré à se réinventer sans avoir à transmettre ni à se rappeler… ») par des recherches historiques précises. Elle démontre comment ce tatouage se transmet de génération en génération et comment l’histoire des aïeux marque invariablement leur descendance. Un roman émouvant et attachant qui place au cœur de son enquête la mémoire, le poids de l’histoire, la transmission et les racines familiales.

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 36 -



Marie SIZUN
La Maison-Guerre
Arléa
270  pages
20  euros

02-02-2015

 

    La guerre dure déjà depuis plusieurs années, et le moment est arrivé pour Véra de mettre à l’abri sa petite fille. Elle confie Marie, pas loin de cinq ans, à une maison, la Maison-Guerre, une vieille maison quelque peu bancale, habitée par de vieilles personnes. Les explications de Véra sont succinctes, elle s’en retourne et promet de revenir bientôt. Quelques rares visites expéditives, elles ne dormiront qu’une seule fois ensemble, puis la disparition, sans raison pour Marie. Reste donc l’attente. Cette attente lui pèse malgré les instants de bonheur qu’elle peut vivre, en solitaire, dans cette maison. Marie écoute, observe, et surtout attend et attend encore, en espérant le retour de sa mère adorée. Elle aimerait se retrouver à ses côtés dans leur petit appartement parisien. Elle cherche à comprendre à partir des bribes de conversation qu’elle vole ici ou là… la guerre… les Allemands… Marc prisonnier en Allemagne… La petite imagine, décrypte, seule dans cette maison qu’elle n’oubliera jamais. La terrible vérité qui provoquera un choc définitif sera longue à percer et la maison y sera à jamais associée. Adulte, quand la mélancolie ou la tristesse l’étreindra, elle se retrouvera (en pensée) dans cette maison, et reconnaîtra absolument tout, la mémoire et le souvenir comme remède ou refuge salvateur la protègeront alors. Marie Sizun revient sur cette période douloureuse tout en mettant la guerre au second plan et se préoccupe toujours avec autant de sensibilité et de justesse de l’enfance, de la solitude, des sentiments, des non-dits et secrets, des douleurs et de la magie de la mémoire, ce « jeu délicieux et cruel ».

« Le bonheur de la maison-guerre, je n’aurais pas su l’expliquer. Mais il était là, en moi. Inoubliable. »

« … ce regard de l’enfance, ce fabuleux pouvoir d’aimer, d’admirer, et surtout d’espérer, qu’on garde un temps et qui, un jour, vous quitte. »


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Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 35 -



Christine VIGNERON
Vous seriez ce garçon
Arléa
94  pages
15  euros

08-01-2015

 

    « Vous seriez ce garçon » relate une relation singulière entre une femme, professeur de mathématiques, et l’un de ses élèves. Une rencontre construite autour du silence, des écrits, de la fascination et de la connivence. Lui accepte tout, il la suit, elle le vénère, l’admire et nous fait partager ce qu’elle ressent au cœur de cette emprise. Pourtant, une distance continue de les séparer, le vouvoiement est de mise. Peut-être ne cherche-t-elle qu’à s’imprégner, à graver ces instants éphémères. Conte, rêve, fantasme ou illusion, peu importe, l’écriture maîtrisée et sensible de Christine Vigneron nous fait partager les sensations et les sentiments suscités par une relation fragile et troublante.

« Il suffirait d’un instant et cette histoire ne serait plus. Vous sortiriez de ma vie sans laisser de trace, vous n’y seriez jamais rentré. Je serais libre, ma vie se refermerait d’elle-même, vous oublierait. Je serais libre. Oui. Je pourrais être une autre. »

« Soudain les mots s’arrêtent. Ils me dévisagent. Ils sont nus. Ils ne disent pas s’ils ont cédé ou résisté, ce qui a été sauvé, perdu. Ils ne disent plus rien. Juste cette musique des syllabes. Et il faut les laisser, ne plus y toucher maintenant. »


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- 34 -



Hélène GESTERN
Portrait d'après blessure
Arléa
233  pages
20  euros

31-08-2014

 

    Héloïse est documentaliste et collabore actuellement avec Olivier qui travaille sur une émission exposant les liens entre photographie et Histoire. Ce jour, ils vont déjeuner et prennent le métro. Une bombe explose, leur rame est atteinte. Olivier blessé va tout faire pour extraire Héloïse, il la porte, ils sont couverts de sang, elle a ses habits déchirés, et un photographe « immortalise » le moment. La photographie parait dans un journal à scandales et sur Internet. Sans autorisation, ni avertissement. Un instantané volé (Témoignage ? Voyeurisme ? Droit à l’information ?) qui prend sa place dans le flot des images, que beaucoup ignoreront, oublieront (« des images, on en a plein les yeux, je le sais parce que j’ai internet, pour bavarder avec mes petits-enfants. On ne les regarde même plus. Ce qu’il y a derrière, la vérité des corps, l’amour ou l’oppression, on s’en fiche. ») et pourtant… leur famille, leur entourage, leurs amis s'interrogent. A leurs questions, il faut trouver des réponses, sans être fautif, il faut néanmoins établir une stratégie. Cette une leur est maintenant irrémédiablement associée, comme gravée en eux, sur leur front et pourront-ils s’en extraire ? Chacun d’eux réagit à sa façon à ces questions, à ces regards interrogatifs, insistants ou suspicieux, à ce viol de leur intimité. Après cet évènement et la divulgation de cette image, en trois mois, leurs vies seront bouleversées (« Les choses ont changé, en effet. On peut même aller jusqu’à dire que rien ne sera plus jamais pareil… Nous ne retournerons pas déjeuner à Odéon de sitôt. »), eux qui travaillent sur l’image voient leurs existences basculées par l'une d'elles et pourtant, l’avenir les appelle et il faudra bien rebâtir sa vie et se reconstruire. A travers le destin de deux êtres attachants et blessés, Hélène Gestern nous interroge sans aucune lourdeur sur le droit à l’information et ses limites, sur la puissance d’Internet difficilement maîtrisable, sur le pouvoir des images, sur certaines pratiques journalistiques outrancières et sur l’avalanche d’images qui nous étouffent.

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hélène Gestern lus par Vaux Livres

 


- 33 -



Laure PROTAT
L'indifférent
Arléa
280  pages
20  euros

23-07-2014

 

    Un homme, un père, décide de se suicider. Il ne laisse ni lettre ni explication. Un geste définitif. Sa fille qui avait des relations privilégiées avec lui reste interdite et désemparée. Elle revient quinze plus tard sur ce jour qui scinda sa vie en deux. Cet homme a fait le choix de les abandonner, faut-il le suivre ou sombrer dans l'indifférence et l’oublier ? Faut-il trouver explications à l’insupportable et continuer de vivre ? Comment se reconstruire, conserver ou sélectionner ses souvenirs ? Comment tenter de stopper le refrain lancinant et obsédant qui exige des explications ? Comment démêler ce mystère qui lui restera toujours associé ? Passer outre l’incompréhension et cet instant de sidération où tout devient impossible, pleurer, manger, réfléchir, espérer… Passer outre la colère, la rage, la culpabilité pour espérer éclairer cet abandon, se reconstruire et prolonger leurs relations (notamment par l’écriture) au-delà de la mort, l’accepter et se réconcilier.

Premier roman

« Les gens sont presque tous comme moi : moyens. Mais ils sont sauvés par une qualité que je n’ai pas : ils se contentent de ce qu’ils sont. Quant à moi, je ne me remettrai jamais de cette condamnation : n’être pas né génial. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 32 -



Antoine SILBER
Les cyprès de Patmos
Arléa
126  pages
17  euros

04-03-2014

 

    Antoine vit une histoire d’amour avec la Grèce et il aimerait la partager avec Laurence à qui il fait découvrir « ce scintillement du soleil sur la mer, cette sublime transparence… Elle était sidérée. Comme si elle n’avait jamais vu la lumière. » Patmos aimante irrésistiblement ses visiteurs. Puis ils découvrent une vieille baraque sur un grand terrain. « Une petite maison. Ce n’est pas une vraie maison, en fait : un rêve de maison. Comme Patmos n’est pas une île, mais un rêve d’île. ». Ils l’achètent, la retapent aussi bien pendant les étés caniculaires que pendant les hivers glaciaux, croisent une Grèce en pleine crise loin des clichés habituels. En outre, Antoine est persuadé que cette maison n’est pas comme les autres, elle est si proche d’une grotte où saint Jean aurait eu une vision de l’Apocalypse… « Ce Jean m’obsédait. ». Entre nature et spiritualité, Antoine Silber dresse un portrait amoureux délicat et sensible d’un pays lumineux, d’une île spirituelle et d’une sublime petite maison blanche aux volets bleus, "La Grèce était si belle ! La Grèce ne mourrait jamais !".

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Thème(s) : Littérature française

 


- 31 -



Geneviève DAMAS
Histoire d'un bonheur
Arléa
205  pages
20  euros

15-02-2014

 

    Anita, la cinquantaine bourgeoise, est au centre de l’histoire d’un bonheur. Un mari vénéré, deux enfants, un chien. Tendance égocentrique, elle semble apprécier pleinement sa vie, son univers, « Heureuse d’être là où je suis », et être bien installée dans son petit bonheur bourgeois, facile, si simple… enfin… presque… Elle tente surtout de s’en persuader. Et elle ne pensait certainement pas trouver en Noureddine, un jeune petit voyou déjà bien éprouvé par la vie, une béquille salvatrice, ni que son beau frère, Simon, homme solitaire, triste et marqué par la vie, rencontrerait Nathalie sa voisine perdue après la trahison de son mari. Chacun se frotte à la vie, se heurte aux soucis et tracas alors que nos existences paraissent parfois tracées, imposées voire subies. Pourtant les rencontres peuvent réorienter, sauver, réveiller, susciter quelques instants fugaces ou persistants de bonheur partagé et nous permettre d’emprunter collectivement le chemin de la liberté. En variant les styles au gré des personnages, Geneviève Damas réussit avec «bonheur» un roman polyphonique qui met à mal quelques préjugés en louant les rencontres, le partage dans la différence, la solidarité et l’entraide.

"Peut-être que, la vie, ce n'est rien d'autre que ça, écumer le monde en tout sens en cherchant désespérément le panneau qui vous indique la route pour chez soi."


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Geneviève Damas lus par Vaux Livres

 


- 30 -



Nathalie AUMONT
Consolation
Arléa
110  pages
16  euros

07-09-2013

 

    Une famille, parents, trois enfants, sans histoire, heureuse, enfin jusqu’au drame absolu. Le fils brillant et chéri, 17 ans, désigné pour réaliser ce que le père n’avait pu faire, se tue accidentellement. Quand les parents apprennent ce drame (« La mort de Frédéric fut un tsunami »), le grand frère de Frédéric est avec eux, contrairement à sa sœur, la narratrice, ce qui l’obsèdera longtemps. Elle exprime pourtant ce qu’elle a ressenti ou vu, les cris de sa mère, les silences de son père, les moments particulièrement pénibles, les réactions ou non-réactions de chacun, la douleur, le sentiment d’injustice et d’incompréhension, de culpabilité… Elle accompagne, épaule ses parents qu’elle adore en doutant parfois de leur capacité à pouvoir l’aimer. Cette disparition ne sera jamais oubliée, personne ne sera définitivement consolé, évidemment, néanmoins la force de la vie et le temps adoucissent insensiblement la douleur et à son rythme, chacun reprend son chemin.

Premier roman

« J’ai fait le deuil de mon frère ; j’ai gardé son rire au chaud dans un coin de mon cœur, je lui ai fait un nid d’amour… Je n’ai pas fait le deuil de la douleur de mes parents, ces orphelins d’un fils. »

« La mort ne respecte rien, ni l’ordre des choses, ni la vie qui s’éveille, ni les rêves inachevés. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 29 -



Marie SIZUN
Un jour par la forêt
Arléa
216  pages
20  euros

02-09-2013

 

    Un jour presque comme un autre, Sabine, la petite élève de 5ème décide de dire non : elle n’ira pas à l’école aujourd’hui. Elle préfère partir à la découverte de Paris et ce parcours par une rencontre inattendue et chanceuse lèvera beaucoup d’incompréhensions. Pourquoi cette fuite ? Sabine a senti rapidement qu’elle n’était pas à sa place dans cette classe. Pas d’atomes crochus avec les profs qui arrivent à lui faire craindre la culture et peu de soutien, solitaire dans une classe qui l’ignore. Et chez elle, elle ressent de la honte et de la pitié face à sa mère (« La mère de Sabine n’est vraiment pas une femme comme il faut. Sa mère, c’est une femme comme il ne faudrait pas. »). Alors que sa prof déclame sur un ton distingué un poème de Victor Hugo, elle rit et aussitôt sa prof décide de convoquer sa mère. C’en est trop, « C’est venu tout d’un coup, cette révolte, ce refus de continuer, peut-être parce que, cette fois, quelque chose s’est passé, quelque chose de très fort, mais qu’elle ne comprend pas encore tout à fait. Quelque chose qui touche au plus profond d’elle-même… quelque chose comme un dégoût, informulé, du monde où elles vivent, de l’injustice qu’elle sent qui leur est faite, à sa mère, et à d’autres. ». Et cette escapade se révèlera salvatrice, grâce à la Rencontre de deux jeunes anglais qui sauront l’écouter, la valoriser mais aussi lui faire sentir ce qu’est la culture et sa primauté et surtout qu’elle est ouverte et accessible à tous, que la vie et la poésie ne font qu’un. Compréhension mutuelle. Moment fugace de bonheur, « Tout, aujourd’hui, est comme un poème ». Sabine sortira grandie de cette rencontre et reviendra avec d’autres envies et résolutions. On retrouve avec grand plaisir l’écriture de Marie Sizun dans ce portrait attachant d’une petite fille solitaire qui apprendra que « culture » n’est pas un gros mot. Marie Sizun démontre aussi toute l’importance des rencontres, de croiser les bonnes personnes qui sauront faire grandir et évoluer. Un texte résolument optimiste malgré le regard critique qu’il porte sur un enseignement uniforme, aveugle et solitaire se gardant de prendre en compte les individualités de chaque élève.

« De nouveau, la magie du mot. Et si c’était ça, la poésie ? Ce trouble pour un mot. Ce bonheur à le retrouver. A le savourer. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 28 -



Kéthévane DAVRICHEWY
Tout ira bien
Arléa
95  pages
12  euros

22-03-2013

 

    Abel a dix-sept ans lorsqu’il se retrouve poussé dans un train. Départ contraint loin de son ami Antoine et de Lou seule figure féminine qui a cru en lui. Il part loin de ses repères et de toute tendresse pour l’Arche, un centre de désintoxication. La drogue l’a broyé et l’Arche continue d’une autre façon, sevrage, isolement, violence. Il convoque son passé et revient sur son parcours chaotique, sentiment de solitude, d’inutilité, quel sens donner à sa vie, une seule passion le dessin, mais à part Lou, personne n’y prête attention. Abel hésite, se rebelle, plie, se replie, s’accorde parfois quelques respirations et laisse la vie pointée d’abord timidement, en espérant que tout ira bien pour cet adolescent en danger. Un livre vif, tendu, rythmé tant par le style que par l’alternance entre passé et présent d’Abel. Un superbe premier roman qui annonçait en effet les suivants parus chez Sabine Wespieser. Tout ira bien est maintenant disponible à l’Ecole des Loisirs.

Premier roman


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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Kéthévane Davrichewy lus par Vaux Livres

 


- 27 -



Hélène GESTERN
La part du feu
Arléa
220  pages
19  euros

21-01-2013

 

    Un jour, "presque par hasard", le père de Laurence Emmanuel lui avoue un secret pesant touchant leur passé commun. Nouvelle bouleversante, inattendue quoique « Je savais depuis tout à l’heure, et sans doute depuis plus longtemps encore, ce que j’allais entendre et que j’avais préféré ignorer, tant il était facile de laisser couler le temps comme l’eau, de fermer les yeux et de croire que l’ordre des choses demeurerait immuable. ». Immédiatement, Laurence Emmanuel va vouloir savoir, enquêter, fouiller le passé, partir sur les traces de quelqu’un pourtant disparu (point commun avec l’excellent « Eux sur la photo »). Rapidement, elle croise dans ce passé un homme, Guillermo Zorgen, figure de l’extrême gauche des années 70, période où le feu couvait derrière chaque engagement, mais pouvait aussi détruire quand certains le jugeaient nécessaire (« … tutoyer la mort, la frôler d’aussi près que possible, dans l’espoir de la rencontrer. »). Quels liens pouvaient donc exister entre ses parents et Guillermo Zorgen et ses engagements ? Son enquête lui ouvre des avis et des voies discordantes mais révèle une période unique où les engagements, les combats, les passions s’unissaient dans des destins parfois tragiques. On est loin de l’image idyllique que certains médias tentent d’imposer aujourd’hui, et l’Etat n’était pas en reste… les violences et manipulations traversaient tous les camps ! Laurence Emmanuel saura se trouver dans ce passé, se reconstruire en ne compromettant aucunement les liens affectifs avec ses parents, « Je ne voulais plus savoir, mais comprendre, ce qui n’avait rien à voir… ». Hélène Gestern confirme avec ce deuxième roman envoûtant sa maîtrise de la narration, Eux sur la photo était un roman épistolaire, ici, elle entremêle avec succès le récit de coupures de journaux, de lettres, d’articles et autres manifestes politiques, les voix se multiplient mais la recherche du passé, des secrets demeurent, sans aucun essoufflement.

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Thème(s) : Littérature française

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- 26 -



Sylvie BOCQUI
Une saison
Arléa
100  pages
14  euros

20-01-2013

 

    Gouvernante d’étage dans un grand palace, cette femme est anonyme, en retrait, les sens en éveil, elle ne semble attentive et réceptive qu’aux odeurs, aux sensations, au toucher des tissus… On ne sait pas vraiment ce qu’elle en pense mais on la sent captive à ces perceptions. La matière, les odeurs l’attirent au contraire de ses congénères semble-t-il qui l’ignorent aussi royalement. Un effacement total, feutré, doux et douloureux à la fois et surtout hyper-sensible.

Premier roman

« Elle ne sait pas qu’elle se cache, elle se cache si bien qu’elle n’est même plus là pour elle-même, même plus pour se cacher. Tout la blesse malgré tout. »

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Thème(s) : Littérature française

 


- 25 -



Jean-Daniel VERHAEGHE
Le jeu de l'absence
Arléa
145  pages
19  euros

26-11-2012

 

    Ferdinand et Jeanne se connaissent depuis toujours. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école et ne se sont plus quittés. Formidable aventure humaine, amour partagé et constant, un premier amour qui dure et semble éternel ("... tu es toute mon histoire, toute ma mémoire, tu es l'autre part de moi, tu es mon bonheur, le témoin de nos accidents les plus secrets."). Mais l’homme reste rarement satisfait de son quotidien et lorsque Ferdinand corrige les épreuves de Jorgen Hörtan son auteur norvégien favori, il découvre l’histoire de deux amants qui choisissent sciemment de s’éloigner l’un de l’autre pour mieux se retrouver. Ferdinand convainc alors Jeanne de participer à ce « jeu de l’absence ». Les deux histoires s’entremêlent alors, les destins se croisent, deux histoires, deux romans, qui n’en font qu’un. Ferdinand et Jeanne décident donc de se quitter, de ne pas se donner de nouvelles avec la date des retrouvailles. Parenthèse de cinq mois pour mieux se retrouver, pour appréhender son amour, le mesurer, le titiller, le relancer et l’amplifier. Jeanne part à la rencontre de Pierre Loti pour continuer sa thèse tandis que Ferdinand demeure à Paris. Jeanne, jour après jour, rencontre après rencontre, découvre une autre vie, une liberté jamais éprouvée. Le jeu est risqué, l’espoir du bonheur retrouvé sera-t-il assez puissant pour qu’ils soient tous les deux au rendez-vous ? En mêlant fiction et réalité, en imbriquant les destins de ces deux couples, Jean-Daniel Verhaeghe réussit habilement à inclure le lecteur au cœur de ce jeu dangereux et tendu.

Premier roman

« En amour, la fidélité n’est-elle qu’une absence de désir ? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 24 -



Anne RÉVAH
Pôles magnétiques
Arléa
196  pages
18  euros

17-06-2012

 

    Pour régler l’héritage d’une vieille et riche cousine éloignée dont a bénéficié son père, Clarisse part au fin fond du désert de l’Arizona quittant son fils et son mari. Comme à son habitude, elle égare son téléphone au moment du départ, mais cette fois, ce détail la plonge dans une angoisse paralysante, elle se sent seule, isolée, perdue. Pour tromper sa peur, elle s’adresse au passager assis à ses côtés. Le dialogue se noue, l’homme est attentif, calme. L’échange demeure pourtant léger, ils ne se regardent qu’à peine et pourtant, sans le savoir, une attirance irraisonnée est née, cette discussion les marque définitivement, moment fondateur d’une rencontre sans avenir. A l’arrivée, Léonard lui donne quelques feuillets qu’il a écrits et sa carte de visite. La peur s’estompe, mais les questions subsistent. Ce voyage et cette rencontre en ouvrant « les yeux sur sa propre vie » plongent Clarisse dans une analyse intime et profonde de sa vie partagée entre son petit et son mari complice, quelques fissures apparaissent. En outre, heure après heure, la présence de Léonard s’impose : « Bien sûr, il y avait des raisons, des morts, des fantômes, des erreurs, mais il ne fallait pas commencer par là. Ils avaient leurs corps, leurs souffles, leurs voix posées, sincères, par là où tout était vrai » mais « Ils avaient si peu de temps ». Ecoutant ses intuitions, Clarisse décide alors d’entreprendre un autre voyage vers Léonard, vers la vie, vers sa vie. Après "Manhattan", à travers cette rencontre bouleversant le destin de deux individus, Anne Révah propose à nouveau un récit intime avec une écriture fine et sensible et revient sur ses instants où, de manière inattendue, les vies installées basculent inexorablement.

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Anne Révah lus par Vaux Livres

 


- 23 -



Véronique MERLIER
L'angle mort
Arléa
150  pages
17  euros

29-05-2012

 

    Cécile et François forment un jeune couple heureux avec leur petit Pierre plein de vie. Pourtant une menace obscure pèse. Cécile l’ignore totalement, « Elle n’a pas vu, elle n’a rien vu. De ce qui se tramait dans l’angle mort, à la lisière de sa vie, elle n’a rien vu. Elle n’en avait même jamais eu l’idée. », elle qui croyait connaître intimement et parfaitement Pierre, « Tu ne peux rien me cacher, petit farceur, avait-elle ajouté, l’œil malicieux. Il s’était agacé en silence de cette remarque. Si au moins Cécile savait ce qui tournait dans sa tête depuis si longtemps. », déchantera au retour de l’enterrement de la grand-mère. François, d’une voix sourde, lui annonce son homosexualité. Il refusait depuis toujours cette évidence, pensait qu’« Il suffisait de ne pas en parler, et ça n’existerait pas. » mais ainsi, il était ailleurs, à côté de sa vie, « Il flottait juste dans vie. » Pourtant Cécile continue de l’aimer, croit encore en leur trio magique, refuse de voir l’évidence, l’angle mort masque une réalité qui finira évidemment par s'imposer... Véronique Merlier a trouvé le ton juste : les tiraillements, doutes et craintes de Pierre, l’incompréhension, l’amour de Cécile et son cheminement mélancolique vers l’acceptation. Une douce émotion.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 22 -



Hisashi TÔHARA
Il y a un an Hiroshima
Arléa
60  pages
5  euros

26-04-2012

 

    Hisashi Tôhara, un an après, a écrit le récit d’une page tragique de l’histoire de l’humanité, « Impossible de croire que cette scène appartenait au monde ». Il a vécu l’explosion d’Hiroshima au plus près. La rentrée scolaire venait d’avoir lieu, Hisashi Tôhara était alors jeune lycéen, rempli d’espoirs et de rêves, fier de son pays et de sa culture et en une seconde, aussi inattendue que soudaine, tout s’écroula, la vie comme ses certitudes, la défaite s’imposait à tous et le Japon était vaincu. A cet instant, Personne ne connaît exactement les causes de ce cataclysme, la lumière puis l’obscurité puis la peur et la fuite. Dans un très court texte, il nous fait part de ses impressions, de ses sentiments (peur, culpabilité, courage, honte…) dans ces moments où l’homme se révèle à lui-même devant l’horreur et la peur, où l’instinct de survie prime parfois sur l’humanité et la raison : « J’étais effrayé par la force ignoble qui me rattachait à la vie ».

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 21 -



Marie SIZUN
Un léger déplacement
Arléa
290  pages
20  euros

01-02-2012

 

    Ellen vit aux Etats-Unis depuis 35 ans. Elle dirige une librairie française à New-York avec son mari. Elle n’est revenue qu'une fois en France durant ces 35 ans pour l'enterrement de son père dont elle s'était éloignée. Pour régler l’héritage d’un appartement familial, Ellen revient vers un Paris à la fois différent et proche du Paris qu’elle a connu, Ellen redevient Hélène. Elle a vieilli, Paris aussi, mais le passé a laissé ses traces indélébiles. Déplacement du corps, déplacement dans le temps, doux glissement vers les faits d’une mémoire qui se réveille lentement. Ces balades dans la capitale convoquent des souvenirs bien enfouis, légers déplacements dans un passé douloureux (« Elle voudrait marcher encore, marcher et se souvenir. Se souvenir encore un peu. »). Une douce fatigue l’étreint peu à peu, chaque souvenir l’épuise, elle le ressent et pourtant elle se laisse aspirer par ce désir de souvenirs, désir de retrouver son passé et ses fantômes alors qu’elle ne voudrait se soucier que « des choses douces ». La frontière entre présent et passé s’estompe, Hélène oscille lentement entre les deux mondes en revenant sur ces années occultées depuis si longtemps. Marie Sizun et son écriture nous offrent encore un superbe portrait, toujours aussi émouvant, tendre et mélancolique par petites touches ou plutôt par de sensibles et légers déplacements…

« Comprendre ce qui s’est passé autrefois, elle sait qu’elle ne le pourra sans doute pas. Mais revenir à peine en arrière, se raconter encore un chapitre de l’histoire, oui. »

« Il n’y a pas de chagrin, mais une histoire. Serait-ce cela, le secret de la vie ? »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 20 -



Elisabeth LAUREAU-DAULL
Le syndrome de glissement
Arléa
188  pages
18  euros

12-01-2012

 

    Julienne est née le 31 décembre 1925. A 85 ans (« J’en suis à l’âge du singe, je l’ai même dépassé »), elle nous conte son histoire depuis un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle y est rentrée encore active et forte mais « Une page était tournée, j’avais franchi un point de non-retour, je le savais. Ma vie vivante était passée, des jours à ne plus savoir les compter, tels nuages en ciel, comme a écrit je ne sais plus qui. ». Elle montre alors comment en vieillissant, elle disparaît progressivement aux yeux des autres. Le vieillissement est détaillé, mais la Julienne reste vive, les retours sur son passé, sur une lignée de femmes souvent quittées par les hommes, les jours qui passent, ses préoccupations passées ou présentes, tout respire la vie, elle a vécu debout et continue de le rester. Tous les sentiments continuent de l’animer, la colère, la révolte ne l’ont pas abandonnée malgré « le glissement » inéluctable. Le ton est alerte, le portrait attachant et le récit rythmé se lit d’une traite !

« Si je reviens avec entêtement aux eaux glauques de mon passé, c’est avec l’espoir de m’y noyer. »

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Elisabeth Laureau-Daull lus par Vaux Livres

 


- 19 -



Hélène GESTERN
Eux sur la photo
Arléa
274  pages
19  euros

12-06-2011

 

    Une photographie retrouvée parmi les papiers familiaux incite Hélène à partir sur les traces de sa mère, morte lorsqu'elle avait trois ans. Le silence familial a toujours laissé ses questions sans réponse. Une petite annonce et Stéphane vivant en Angleterre répond après avoir reconnu son père, un père qu'il a toujours senti distant : "De quels secrets a-t-on voulu nous protéger, et au prix de quels mensonges ?". A distance, ils se lancent dans une enquête contre le silence, vers le passé tu, un passé sur le papier qui reprend vie parfois après quelques hésitations, pas à pas, pièce après pièce, enquête coopérative malgré une appréhension parfois différente des avancées. Que vont-ils découvrir ? Vont-ils l'accepter, le digérer pour finalement mieux se connaître ? L'image (la photo ?) qu'ils ont d'eux et de leurs familles ne va-t-elle pas s'en trouver bouleversée ? Hélène Gestern sur un thème assez commun réussit parfaitement sa partition par la singularité de la forme et du traitement qu'elle a adoptée.

"Vous me demandez qui va se souvenir de nous. Je vous dirais volontiers que c'est d'abord à nous de nous en soucier. De recréer un présent qui nous appartiendra et que nous ne nous disputerons pas les morts. Nous sommes poussés en avant, c'est vrai. Mais d'un même mouvement, cette fois."

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hélène Gestern lus par Vaux Livres

 


- 18 -



Ramy ZEIN
La levée des couleurs
Arléa
202  pages
18  euros

24-04-2011

 

    Le jour où Siham grimpa dans un arbre aux abords de sa maison, elle ne l’oubliera pas. Depuis cet arbre, elle assistera au massacre de sa famille par des miliciens qui d’habitude passaient leur chemin et ne s’arrêtaient pas. Seul son petit frère caché dans la maison sera épargné, elle le retrouvera en état de choc. Parmi les miliciens, elle reconnaît l’épicier d’un village voisin où elle se rendait avec ses parents. La vision de ce terrifiant évènement ne la quittera plus, elle la hantera (« Dans sa tête il fait toujours guerre »), vision obsédante qui l’empêchera de croire en un avenir. Jamais elle ne pourra comprendre ces haines, ces meurtres entre communautés voisines dont elle ne ressent pas les différences. Aussi seule l’envie de vengeance la maintient en vie (« Elle sait qu’il ne la quittera pas tant qu’elle ne l’aura pas revu ») et lui permet de continuer d’avancer alors que la guerre demeure omniprésente. Le destin de Siham comme celui du Liban ne semble pas pouvoir s’en affranchir : oublier est impossible, pardonner c’est trahir les morts et simplement vivre c’est aussi trahir ses morts. Un roman essentiel pour rappeler la puissance destructrice de la guerre aujourd’hui, demain et après demain.

« Elle pense à Maher, même quand elle ne pense pas à lui, il est là, qui imprègne sa perception du monde comme un écran invisible entre elle et les choses. Tout porte sa trace autour d’elle, tout résonne de sa voix. Elle est captive d’une prison immatérielle dont il est le geôlier sans mains et sans visage. »

« Un regard absent qui n’exprime rien, rien qu’une insondable lassitude, une lassitude au-delà du sensible, désincarnée, minérale. »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 17 -



Marie SIZUN
Plage
Arléa
262  pages
19  euros

11-07-2010

 

    Plage est le roman de l’attente, attente d’Anne venue un 26 juillet sur une petite plage bretonne attendre son amant, homme marié qui lui a promis de la rejoindre afin de partager enfin huit jours (huit chapitres), loin de toutes les préoccupations journalières qui les éloignent l’un de l’autre. Anne bibliothécaire quelque peu effacée annonce l’arrivée de son « mari » pour la fin de la semaine. L’attente et l’impatience la tenaillent dès son arrivée : attente de la venue de l'amant, attente des appels téléphoniques : « Quelle banalité, cette histoire ! Comment ne t’en aperçois-tu pas ? On dirait qu’il y a deux personnages en toi : celui que j’aime, et un espèce de vieil enfant un peu idiot. Un idiot qui me fait peur. » Elle tue le temps sur la plage, théâtre de la vie. Elle observe et chaque rencontre, chaque vision, est prétexte à rappeler des souvenirs personnels ou familiaux, proches ou lointains, parfois mélancoliques, notamment les moments de bonheur avec son père qui l’adorait au grand dam de sa mère. Les portraits sont justes, tendres, caustiques, touchants. Dès le mardi, la conversation téléphonique avec son amant sème le trouble et instille une angoisse persistante dans son attente. Marie Sizun avec son style tout en retenue, délicat et fin, trouve le ton juste pour montrer qu’au fur et à mesure de cette longue attente, l’angoisse, la peur, la tristesse et la solitude submergent Anne, « Le pire est toujours certain ». Dans cet environnement maritime pouvant osciller entre douceur et violence, Anne est venue mettre un terme à une histoire (« Pourquoi ai-je eu alors, avec un brusque serrement de cœur, le sentiment que nous vivions la fin de quelque chose et que je me rappellerais toujours avec tristesse ce moment là ? Ce moment où tout était encore possible ») pour repartir, différente, vers le monde des vivants.

Article paru dans la revue "Page des Libraires"


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 16 -



Christine VIGNERON
Jean est là-bas
Arléa
109  pages
13  euros

08-07-2010

 

    Le récit de Christine Vigneron transpire l’émotion contenue. Celui qui va mourir est le père. Dans sa Bretagne qui respire il s’essouffle. Ils sont tous les deux et continuent de vivre et de revivre. Tout est douceur et attention mais pourtant le temps passe et trop vite. La mère est partie et fait un passage éclair. Elle reviendra peut-être… Un récit émouvant pour ne pas oublier, entre douleur et bonheur, rencontre et séparation, où les sentiments comme l’écriture sont d’une maîtrise parfaite.

« Je me suis dressée sur ses genoux. Il disait que le temps ne disparaît pas. Qu’il se fixe comme se concentre la lumière dans l’espace. Que ce que nous étions là, ensemble, ne cesserait jamais d’exister. Il a expliqué qu’en me regardant, il me voyait enfant, adolescente, aujourd’hui, dans une simultanéité infinie d’instants, et qu’il n’y aurait jamais assez de traits pour dessiner ce qu’était pour lui mon visage. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Christine Vigneron lus par Vaux Livres

 


- 15 -



Antonella MOSCATI
L’éternité ou presque
Arléa
77  pages
12  euros

26-09-2009

 

    La narratrice, la quarantaine, sait ce que représente le temps qui passe, qui coule et s’écoule. Elle a senti le regard des hommes la délaisser puis peu à peu l’ignorer, l’espoir d’enfanter s’est éloigné, elle reconnaît les effets du temps sur le corps, sur les corps, le temps s’égraine au gré des pages qui nous mènent dans un voyage au fil des étapes de la vie. Récit, roman, réflexions philosophiques, méditations, sans retenue ni mensonge, le sablier s'écoule face au miroir de la vie qui passe.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 14 -



Marie SIZUN
Eclats d’enfance
Arléa
201  pages
16  euros

24-08-2009

 

    Les souvenirs d’enfance ne rejaillissent pas selon une chronologie parfaite et Marie Sizun a donc mis en concordance son récit avec cette réalité. De retour, dans son quartier du nord de Paris, son vagabondage de rues en rues, d’immeubles en immeubles, de commerces en commerces, laisse remonter de sa mémoire ces pépites d’enfance qui l’ont marquées. Le Paris des années 50, grand village, accueille l’enfant, sa mère, le petit frère et temporairement le père. L’enfant renaît au fil des pages et au gré de l’errance de la narratrice. Eclats d’enfance, éclats de bonheur, éclats de douleur, éclats de lumière de cette petite fille en recherche constante de liberté, d’attention et d’amour. Très tôt, elle ressentira sa différence et celle de sa mère sans vraiment pouvoir la caractériser. Une mère isolée aux yeux tristes et souvent absents, un père absent parti à la guerre qui les quitte rapidement à son retour, une enfance où le silence et l’effacement prennent une grande place mais qui n’empêcheront pas l’explosion de ces éclats d’enfance qui construisent l’Homme dans la souffrance et l’amour. Nous retrouvons encore avec grand plaisir l’écriture de Marie Sizun et ce récit qui complète les quelques indices laissés dans ses deux premiers romans (toujours coups de cœur de Vaux Livres).

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 13 -



Hélène LE CHATELIER
Dernière adresse
Arléa
91  pages
13  euros

03-07-2009

 

    Dès les premières pages, le lecteur apprend l’identité de la narratrice : Niamh, Mary, Ann est née en Irlande un 18 octobre, l’année nous reste inconnue, seule indication, elle a « atteint un âge canonique ». Elle n’a plus le temps, et sa confession adopte sa liberté de ton habituelle, elle, l’amoureuse de la vie et toujours de son Georges, l’amour de sa vie. Vieillie mais encore terriblement vivante. Elle est, reste et restera une femme libre et son regard lucide sur son passé, son présent et son futur le démontre. Le récit oscille entre un passé douloureux ou heureux et un triste présent. Maintenant qu’elle se retrouve dans une Nursing home, elle espère enfin lever les troubles de son passé en continuant son chemin sereinement. Les variations de ton happent le lecteur : ironie, tristesse, lucidité, joie, humour, rire, larmes, Hélène Le Chatelier souffle le chaud et le froid et bouleverse et déstabilise le lecteur qui suit avec émotion un parcours dont la fin est pourtant connue de tous.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 12 -



Anne RÉVAH
Manhattan
Arléa
90  pages
13  euros

22-05-2009

 

    La narratrice a une vie bien remplie, parfaite, attendue : des enfants, un mari, un métier. La réussite. Pourtant, il ne suffira que d’un déclic pour révéler l’artificiel de la situation, une façade construite jour après jour, un voile masquant une terrible vacuité. Devant ce trouble, elle prend la fuite pour se retourner et faire un bilan voire régler quelques comptes avec elle-même et son interlocutrice. Elle la juge responsable de ce parcours marqué irrémédiablement par son enfance (« Je n’ai pas pu devenir moi. J’ai fui la petite fille que j’ai été… ») que sa réussite n’aura pas réussi à effacer, on croit le passé disparu, mais il demeure présent, tapi dans l’ombre d’une vie superficielle. Elle voit enfin clair dans le rôle qu’elle a tenté de jouer pendant toutes ces années et sans concession, lucide, froide (« L’évidence d’être vivante, je ne l’ai jamais eue »), crie son désespoir enfin seule et libérée.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Anne Révah lus par Vaux Livres

 


- 11 -



Marie SIZUN
La femme de l'Allemand
Arléa
243  pages
17  euros

22-12-2008

 

    La narratrice présente Marion et sa mère Fanny. Elle propose au lecteur d’accompagner le début de la vie de Marion. Fanny reste et restera inexorablement la femme de l’Allemand et Marion ne connaît pas son père. Fanny bannie par ses parents et son entourage sombre peu à peu dans la maladie, maladie qui débute dès le départ de « l’Allemand ». L’enfance de Marion sera abrégée d’autant plus rapidement que leur isolement s’accroîtra : « Ce qu’elle aime Fanny, c’est simple : elle aime ses dessins, ses livres, le cinéma et toi. Et puis quelqu’un d’autre. Quelqu’un dont elle parle quelques fois d’un ton bizarre. Un homme qui n’existe pas. Un homme qui n’existe plus : ton père ». Dès son plus jeune âge, elle observe sa mère et sa différence en induisant une angoisse qui ne la quittera pas. Progressivement, elle la prend en charge, une vie à deux aux rôles inversés où chacune comprend l’autre sans paroles, où l’attention portée à l’autre est constante. Pourtant son dévouement sans retenue ne réussit pas à supprimer tout sentiment de culpabilité. Marie Sizun excelle pour tenir en haleine le lecteur, son écriture et la forme narrative adoptée (la narratrice tutoie Marion et semble savoir ce que pense la petite) accroissent la formidable émotion ressentie.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 10 -



Marie SIZUN
Le père de la petite
Arléa
153  pages
15  euros

11-11-2008

 

    Paris, 1944. La petite France est une enfant de la guerre mais ce prénom hommage à la patrie s’efface dans les paroles de la mère et de la narratrice : « Elle s’appelle France, la petite, France comme la France. Mais on n’y pense plus. Personne ne lui donne jamais ce prénom, pourtant choisi, guerre oblige. On dit d’elle simplement –la petite- ça suffit. ». Le père est absent, mobilisé, parti à la guerre pendant que la mère et la petite ne sont devenues qu’une ; malgré les difficultés du moment, leur complicité parfaite irradie leur quotidien de bonheur. La petite profite d’une liberté totale. Pourtant l’ombre de l’absent s’impose. La petite la ressent comme une inquiétude, une menace : « La petite n’imagine pas comment un homme comme le charcutier ou le crémier pourrait s’immiscer là, dans cette cuisine-là, dans cette vie qui est la leur, la vie de la mère et de la petite, cette vie-là ». Dans les souvenirs de la petite, ce trouble est soutenu par l’impression de mensonge qui obscurcit ses liens exclusifs avec sa mère. Et puis, un jour, « Voilà. Il était là. Elle avait un père ». Un père qui ne pourra trouver sa place dans ce couple. Chaque membre de la famille va progressivement s’en détacher : « Si la petite a maintenant un père, en revanche, on dirait qu’elle n’a plus de mère ». La petite passe d’un excès à l’autre, de la mère au père, mais dans le non-dit et les regrets n’en seront que plus forts alors qu’en retrouvant son prénom, elle quittera l’enfance. Mais qu’est-ce vraiment que l’enfance ? La narratrice explore avec l’œil attendrissant d’une petite fille et avec sensibilité les sentiments familiaux, les liens parentaux dans cette période trouble. Un premier roman touchant et bouleversant.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 9 -



Philippe HONORÉ
L'obligation de sentiment
Arléa
123  pages
15  euros

21-08-2008

 

    Toutes les familles ont leur secret dit-on. Mais certains sont plus lourds que d’autres et plus ou moins partagé. Le couple Maisne (Louis et Jeanne) est un couple soudé, admiré, respecté. Mais la petite bourgeoisie provinciale ne serait pas ce qu’elle est sans ses zones d’ombre… Couple déséquilibré, Jeanne prend en charge son époux, le soutient, le protège (« Louis était son œuvre, son maître, son enfant, son unique raison d’exister »), elle n’est que maîtrise et contrôle, on est loin des sentiments amoureux classiques d’un couple chez Louis et Jeanne et pourtant elle lui est totalement dévouée et attachée, comme si un contrat les liait... Dès le début de leur union, un secret plane et il mettra du temps à se dévoiler. Ils auront un fils, Martin, alors que Louis ne voulait pas d’enfant et que Jeanne savait n’avoir jamais eu de sentiment maternel prégnant. Au début de son adolescence, Martin disparaît brutalement, sans explication pour l’entourage. Le couple essaie de l’oublier et devient encore plus souder qu’auparavant ; pourtant le trio est en état d’attente (« Le temps de l’attente ne se compte pas en seconde, en minute, en année. C’est un temps aussi morne, aussi lisse, aussi flou que la surface d’un lac. Le temps irrésolu de l’attente. »). Plus le temps passe, plus les secrets explosent violemment au grand jour et plus les conséquences sont lourdes… Martin reviendra évidemment et mettra un point final à la descente en enfer de ce couple « d’innommables ». Philippe Honoré a réussi parfaitement à décrire l’enchaînement de cette femme malgré un secret lourd, très lourd, qu’elle choisit de placer après son engagement à soutenir son mari, son véritable enfant. Une réussite.

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 8 -



Marie SIZUN
Jeux croisés
Arléa
249  pages
18  euros

06-07-2008

 

    Marthe et Alice sont deux femmes différentes à tout point de vue. La première, prof de maths, est mariée, d'âge mûr, sans enfant (« Marthe n’aime pas les enfants. Les enfants heureux. Les enfants repus. Les enfants gâtés. Mais elle a toujours été émue par les autres : les mal-aimés, les enfants tristes, les enfants en larmes, les enfants enragés de chagrin. Oui, elle est touchée par ces désespoirs excessifs des petits, qui les défigurent, les rendent apoplectiques, si laids, morve et larmes, qu’ils en exaspèrent leurs parents. »), et son mari s'apprête à la quitter. La seconde a tout juste dix-huit ans, travaille dans un pressing et élève seule son enfant, le petit Ludo. « Jeux croisés » entremêle ces deux destins. Deux instants d’hésitation, de folie, de doute guidés par le présent et le passé de ces femmes les font basculer dans une aventure singulière et haletante. Elles se croisent dans un supermarché, et la première enlève le bébé de la seconde qui réagit avec retard à cette disparition. Le bébé présent pour l'une ou absent pour l'autre devient alors l’épicentre du quotidien de ces deux femmes qui ne maîtrisent plus réellement leur destin. En un instant, leurs vies sont bousculées, broyées. Les évènements s’enchaînent, sans contrôle et chacune devra puiser dans son passé pour tenter de s'accepter et éventuellement de se reconstruire (« Marthe ne pense pas à ce qui peut arriver ; à ce qui va arriver ; à ce qui doit arriver. Elle est en dehors de cette réalité là, comme elle a toujours été, en fait, un peu en dehors de celle que rapportent les journaux, celle des faits divers, des enlèvements d’enfants, des crimes ; celle d’une société policée qui décide du licite et de l’illicite, du bien et du mal. »). La trame, le style et l’écriture de ce superbe roman incitent irrémédiablement le lecteur à s’attacher aux trois personnages (les deux femmes et le bébé), Marie Sizun élimine avec brio tout manichéisme qu’une telle situation engendre habituellement et place le lecteur au centre de ce trio attachant. Un incontournable pour cette rentrée littéraire 2008. Cette collection « 1er/mille » d’Arléa recèle vraiment de petits bijoux.

« Ce qui étonne Marthe, la fait sourire, c’est la naïveté des gens, leur incompréhension, la dureté de leurs jugements. Cette façon simpliste de croire qu’on est une bonne fois ceci ou cela, tel être et pas un autre ; de refuser d’admettre que ce qui lui est arrivé à elle peut leur arriver ; de vouloir ignorer qu’il y a en nous, profondément enfouie, cette part d’ombre, opaque, silencieuse, ce mystère, qu’il suffit d’un hasard pour éveiller, et qui, dès lors, prend le pouvoir. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 7 -



Alice DEKKER
Les glorieuses résurrections
Arléa
131  pages
15  euros

10-01-2008

 

    Une maison de santé à Montana en Suisse accueille de jeunes rescapées des camps nazis lors de l’été 1945. Elles sont entourées par une équipe médicale attentive et soucieuse de les ramener vers la vie. L’un des médecins nous livre son journal. Un an, un an à épauler, lentement, pas à pas, ces femmes qui ont subi, vécu, vu le pire. Enthousiaste et même optimiste, il ressent cependant les difficultés de ces femmes à repartir vers un avenir éclairé. Peu à peu, il établira une complicité avec l’une d’elle et son journal traduira leurs échanges, leurs espoirs et attentes en montrant que chacun y puise des ressources qui lui permettront de (re)vivre ou qui le transformeront. Qui a besoin de l'autre ? Chacun sans l’autre n’est rien.

Premier roman

« L’intimité avec soi-même est une liaison que d’aucuns évitent toute leur vie. D’autres y sont contraints, luttant contre de terribles souvenirs qui ne se laissent pas faire. Qu’on ne s’y trompe pas : la clairvoyance rend libre. ».

Thème(s) : Littérature française

 


- 6 -



Alberto MORAVIA   -  Dacia MARAINI
Le petit Alberto
Arléa
188  pages
18  euros

29-12-2007

 

    Ce texte est une conversation entre Alberto Moravia et Dacia Maraini romancière qui fut sa femme. L'enfance de Moravia nous est toute dévoilée : son père, sa mère, ses deux soeurs, son frère... famille omniprésente et pourtant trop étriquée pour lui. Il parle de sa maison, de ses vacances, de ses lectures, de ses souvenirs d'enfant solitaire et malade ("Isolé et séparé de la vie commune par ma maladie, j'étais devenu sauvage. J'avais une timidité pratique..."), de ses engagements... Aucun de ses sentiments ne nous est caché et sa femme saura lui montrer le lien entre ses personnages romanesques et lui-même ("Toute mon enfance a été un long et inexplicable malaise. Jusqu'au jour où je me suis mis à écrire"). Entretiens qui nous rendent l'homme attachant et nous incitent à (re)découvrir ses romans.

"Non, j'ai refusé ce monde. C'est pour cette raison que je suis ouvert à toutes les nouveautés. Il n'y avait absolument rien qui me plaisait dans la vie de famille. Pour moi la vraie vie était en dehors de la maison ; c'est-à-dire libre, autonome, aventureuse.".

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 5 -



Béatrix BECK
L'enfant chat
Arléa
139  pages
8  euros

17-12-2007

 

    Béatrix Beck nous offre un conte enchanteur qui ravira les lecteurs amateurs de chat ou non(« Ecrire comme on rêve »). La narratrice, Olga Bredaine, prof de lettres à la retraite, veuve, sans enfant, reçoit un petit chaton (Soizic) en cadeau. Olga va conserver le chat et sa place va devenir de plus en plus grande ; d’abord près d’elle puis contre elle. Un jour d’orage, le miracle se produit : il parle ! Et ce n’est que le début… Le chat exprime ses désirs (d’enfant) et ses peurs. Olga s’y habitue rapidement, l’écoute et l’observe avec attendrissement, même si Soizic reste et restera un chat (« C’est normal, ne pouvant être une vraie enfant, elle se veut une vraie chatte »). Une vraie écriture au service d’un conte merveilleux sur une nature toute en poésie et en harmonie avec les humains.

Thème(s) : Littérature française

 


- 4 -



Emmanuel PONS
Ma mère, à l'origine
Arléa
132  pages
14  euros

21-11-2007

 

    Emmanuel Pons l’an dernier tua sa femme et eut quelques difficultés à rédiger les faire-part ! Cette année, son ami, Patrick Barrault, est soulagé : sa mère si haïe vient enfin de mourir (« Ma mère est morte. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’elle est morte riche… »). Son père ne la supportait plus non plus et se suicida quelques années plus tôt sous l’œil bienveillant de sa femme. Fils unique, il hérite donc de la fortune colossale de sa mère. Dès l’enterrement, Patrick montre sa différence et son détachement : « Ils m’ont dévisagé froidement quand j’ai garé ma Ferrari jaune à côté du corbillard. Je les comprends. Moi aussi, je l’aurais préférée rouge, mais c’est une sportive de location, et je n’ai pas eu le choix ». Mais Patrick se trompe en pensant qu’il est débarrassé de cette mère si éloignée de lui, elle continuera de lui gâcher chaque instant de son existence. Il entreprend de gérer sa nouvelle fortune et devient rapidement un home trader averti et efficace. Si efficace qu’il invente une méthode permettant de prévoir les évolutions des cotations. Mais quand il s’aperçoit que cette méthode et ses indices et courbes s’appliquent à tout, y compris aux humains (« Si j’achète quelqu’un, c’est parce qu’auparavant, je l’ai vendu et que je dois remettre ma position à zéro. Il n’y a pas d’achat sans vente à suivre, pas de vente sans rachat. C’est une question de temps ») et donc à son entourage, le dérapage, spécialité d’Emmanuel Pons, n’est pas loin…

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Emmanuel Pons lus par Vaux Livres

 


- 3 -



Anne KANAPITSAS
L'odeur de la menthe
Arléa
135  pages
12  euros

23-10-2007

 

    Carole s’installe comme gouvernante chez Monsieur Vincz violoniste qui ne vit que par et pour son instrument. Dès leur première rencontre, il la prévient qu’ils ne se rencontreront guère, qu’il ne cherchera pas à la connaître, elle sera transparente et seules ses tâches ménagères constitueront les traces de sa présence. Elle vient d’un petit village de Lozère où elle travaillait, coupée du monde, dans un institut pour handicapés profonds. Elle les soignait, les lavait, les nourissait, « monstres » étaient exclusivement dépendants de ces femmes. Elle réussira à ne pas haïr son métier même si la lassitude et la mélancolie ne seront pas absentes. Seule l’amitié avec Marie éclairera son quotidien comme le passage éclair de Léandre, l’enfant inachevé qu’elle aimera et à qui elle fera découvrir l’odeur de la menthe. En abandonnant ce lieu de vie et de mort, elle pensait oublier ces ou plutôt ses malades, ses collègues et leur chef froide et cassante… Mais le passé reste toujours là, présent, obsédant et ses souvenirs et rêves le lui rappelleront constamment. Un beau texte émouvant sur le passé qui s’accroche, la vie, la mort dans une ambiance nostalgique et mélancolique.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 2 -



Philippe FRÉLING
Ceinture jaune
Arléa
226  pages
19  euros

19-08-2007

 

    Un enfant parle, nous parle de son enfance, de ses doutes et de ses rêves (« Je sais pourquoi je suis tout seul : parce que je fais des rêves, parce que toujours je rêve »). Un père militaire, une mère d’humeurs variées se laissant aller parfois à quelques violences, un frère et une sœur. Deux uniques amis : Lui rencontré au judo (« Nous sommes devenus amis parce que, sinon, chacun de nous serait tout seul ») et Lionel Bréjean un élève du collège en marge. « Lui » occupe son esprit constamment, ils forment le couple indissociable du judo : uké (celui qui reçoit l’action) et tori (celui qui engage l’action). On ne sait pas véritablement si cette amitié est partagée. Dans sa quête d’identité et dans sa construction, « Lui » sera peut-être sa brique fondatrice. Il est seul, regarde les autres (« Je ne sais pourquoi les gens font semblant que tout est bien dans leur vie »), ne veut s’y mêler et n’attends pas vraiment grand chose de la vie : « Toute la nuit, je n’ai pas dormi, j’ai attendu de mourir, mais la mort n’est pas venue. Alors, quand j’ai vu la lumière du jour poindre à travers les interstices du volet, puisque je n’étais pas mort, j’ai accepté ma vie ». Un monologue émouvant d’un enfant en difficulté, ayant du mal à s’affirmer et à trouver sa personnalité et sa place dans sa famille et dans l’agora.
Premier roman

« S’ils savent mieux que moi qui je suis, je n’ai pas envie de leur dire qui je suis. Je préfère encore jouer à être celui qu’ils disent que je suis. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 1 -



Emmanuel PONS
Je viens de tuer ma femme
Arléa
155  pages
14  euros

30-12-2005

 

    Le narrateur, comme l'indique le titre, tue sa femme sans préméditation, un jour comme un autre où la lassitude est peut-être plus pesante : "je viens de tuer ma femme. Ce qui m'ennuie, c'est les faire-part". L'euphorie s'empare du meurtrier et il enchaîne par le meurtre d'un couple ami du village à qui il souhaitait avouer son acte. Comble de malheur, le mari a l'outrecuidance d'ironiser sur son acte. Il découpe ensuite sa femme, la place dans un congélateur pour la conserver et prolonger leur dialogue, ou plutôt maintenant son monologue. Les événements s'enchainent alors implacablement pendant sept jours et nous entrainent avec le narrateur dans une impasse. Nous l'accompagnerons dans sa fuite et dans ses réflexions ("Il faudrait se séparer quand tout va bien, pour ne conserver que de beaux souvenirs. Je t'aime, je m'en vais. Moi aussi, je t'aime ; adieu ! Le mariage serait pour le meilleur jusqu'à ce que l'amour nous sépare, valable un mois et tacitement reconduit."). Un texte souvent froid, grinçant et parsemé d'humoir noir (la sentence "Ci-gît le morceau pensant de Raymond" conclura l'enterrement d'une des victimes). Premier roman à découvrir.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Emmanuel Pons lus par Vaux Livres

 


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